Pic pétrolier et analyse de la production nette de pétrole

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Schéma du pic de production nette de pétrole (en rouge) et du pic de production brute (en jaune) (Bournigal, 2023) (Adapté : ASPO, 2015 ; Murphy, 2009)

Si analyser la production mondiale de pétrole, d’année en année, en anticipation du pic pétrolier mondial, est un indicateur intéressant, seule l’analyse de l’énergie nette mondiale octroyée par le pétrole – bien qu’extrêmement difficile à effectuer – nous permettrait de nous rendre compte que la baisse réelle de la production de pétrole à l’échelle mondiale est probablement encore bien plus proche que ce que nous pouvons penser.

Bien que la production mondiale de pétrole puisse encore augmenter, nous pourrions déjà disposer de moins en moins de pétrole. Ceci s’explique car l’énergie investie (en majorité du pétrole) dans le secteur pétrolier croît chaque année (Delannoy et al., 2021) et pourrait finir par dépasser celle de la croissance annuelle de la production mondiale de pétrole. Un pic de production nette de pétrole au niveau mondial pourrait ainsi être franchi avant le pic pétrolier tel qu’on l’entend habituellement. Surtout, au lieu d’une douce descente pétrolière, nous pourrions obtenir ce qu’Ugo Bardi appelle une « falaise de Sénèque » (Bardi, 2020).

Problème, selon Nate Hagens (2022), il est possible que nous ayons passé le pic pétrolier (tous pétroles confondus) en 2019. Michel Lepetit (2023) et Gail Tverberg (2024) indiquent quant à eux que le pic historique de production de pétrole aurait été atteint un an plus tôt, en 2018. Autrement dit, selon ce schéma, nous pourrions être en contraction pétrolière nette à l’échelle mondiale depuis quelques années déjà même si, en raison du probable cannibalisme pétrolier des pays développés aux dépens des pays producteurs en voie de développement, les effets ne se ressentiraient pas encore dans les sociétés occidentales.

Si ce schéma se base sur la théorie du « Best First Principle », autrement dit sur le fait que les générations précédentes ont commencé logiquement par exploiter les sources d’or noir les plus qualitatives, les plus riches et les plus faciles à obtenir, celle-ci se vérifie plutôt bien. Pour preuve, les gisements actuels se situent de plus en plus loin au large et/ou dans des formations géologiques toujours plus complexes. Dorénavant, de plus en plus d’énergie est requise pour extraire le pétrole d’un champ en fin de vie, ou situé en mer à une plus grande profondeur ou dans des environnements très difficiles comme l’Arctique (Bihouix, 2021). Et, à l’instar des pétroles de schistes américains ou des sables bitumineux du Canada, les pétroles sont dorénavant moins qualitatifs, moins concentrés, et/ou plus difficiles à extraire, ce qui fait dorénavant de la question pétrolière davantage un problème de flux, que de stock.

Benoît Thévard (2013) indique que « Si la logique [énergétique] est poussée à son extrême, l’avant-dernier baril de pétrole servira à extraire le dernier, l’énergie ne servira plus qu’à produire de l’énergie et l’Homme des sociétés industrielles en tant que tel n’existera plus ». Dès lors, comme se demande Benoît Thévard (2014) saurons-nous renoncer aux méga-structures afin de préserver l’humanité en lui réservant le peu d’énergie nette restante, pour l’agriculture par exemple ?

Quant à l’après production nette de pétrole, il est très difficile d’imaginer la forme que pourrait prendre la courbe de production brute de pétrole à l’échelle mondiale si jamais nous devions en arriver jusque-là. C’est-à-dire, si l’humanité devait aller jusqu’à investir, au global dans le système, plus d’1 baril équivalent pétrole pour en obtenir 1 en retour afin par exemple de maintenir coûte que coûte le système de transport. Improbable ? Et si les métaux nécessaires à l’électrification du parc de véhicules, les biocarburants, etc. venaient à manquer à terme ? Nous rendrions-nous seulement compte, sans analyse du TRE étendu au sein du système, qu’il ne serait plus rentable énergétiquement d’extraire du pétrole ? Difficile à dire, d’autant plus que la matière pétrole permettant les productions de plastique, de bitume, etc. pourrait bien également justifier l’épuisement énergétique…

Bibliographie

Bardi Ugo. The Seneca Effect : Why Growth is Slow but Collapse is Rapid. European Spatial Research and Policy, publié en 2019 [consulté le 25 juillet 2022]. Disponible sur : https://www.researchgate.net/publication/345082012_Ugo_BARDI_The_Seneca_Effect_-
_review

Bihouix Philippe. Politiques de l’Anthropocène. Chapitre 4. Matérialité du productivisme : Penser la décroissance, 83-10. Presses de Sciences Po, 2021

Delannoy Louis, Longaretti Pierre-yves, Murphy David, Prados Emmanuel. Peak oil and the lowcarbon energy transition: A net-energy perspective. Applied Energy, Elsevier, publié en 2021 [consulté le 26 avril 2022]. Disponible sur : https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-
03360253/

Murphy David. The Net Hubbert Curve: What Does It Mean?. The Oil Drum, publié en 2009 [consulté le 26 mars 2022]. Disponible sur : http://theoildrum.com/node/5500

Thévard Benoît. La diminution de l’énergie nette, frontière ultime de l’Anthropocène. Institut
Momentum, publié le 13 décembre 2013 [consulté le 22 août 2022]. Disponible sur : https://www.institutmomentum.org/wp-content/uploads/2014/01/La-diminution-de-l%E2%80%99%C3%A9nergie-nette.pdf

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