La « puissance » céréalière de la France n’est rendue possible que par le recours à la fertilisation des sols qui suppose, entre autres, des apports importants en azote et en phosphore. Or, pour ce dernier, par exemple, la France ne dispose pas de ressources propres (roches phosphatées). Ainsi, nos importations de phosphates naturels se sont élevées à 143 822 tonnes, en 2022, principalement en provenance du Maroc (62 %), d’Égypte (19 %), de Tunisie (11 %) (Elementarium, 2023). Notons qu’une part de nos importations de phosphates viennent également du Proche-Orient (Sénat, 2022). Les importations françaises des différents types d’engrais phosphatés se sont réparties comme suit en 2021, selon les données d’Élémentarium (2022) :
- Pour le superphosphate, un total de 71 779 tonnes a été importé, avec une majorité
provenant d’Israël (51 %), suivi du Maroc (14 %), des Pays-Bas (9 %), d’Espagne (9 %) et de
Belgique (9 %). - Le phosphate d’ammonium diammonique a été importé à hauteur de 150 890 tonnes, avec
une prédominance des fournisseurs marocains (60 %), complétée par la Russie (28 %) et la
Belgique (4 %). - Quant au phosphate d’ammonium monoammonique, les importations ont atteint 41 989
tonnes, avec une distribution diversifiée de sources incluant le Maroc (41 %), l’Égypte (13 %),
le Portugal (10 %), la Russie (10 %), l’Espagne (9 %), et la Belgique (7 %).
Ces données illustrent l’importance de la variété des partenaires commerciaux dans l’approvisionnement en engrais phosphatés en France, soulignant ainsi la nécessité de garantir une disponibilité continue de ces éléments essentiels pour l’agriculture nationale. Ainsi, si l’azote, présent dans l’air, ne devrait pas poser de problème, rien n’est moins sûr pour le phosphore 5ème minerai le plus exploité au monde et élément de première nécessité pour l’agriculture conventionnelle. Le problème étant que les réserves sont non-renouvelables à l’échelle du temps humaine et des experts reconnus prévoient le pic du phosphore pour les années 2030 (Rhodes, 2013). Qui plus est, au niveau mondial, les réserves de roches phosphatées sont inégalement réparties, ces dernières sont concentrées à 75 % dans une seule région, celle du Maroc et du Sahara occidental (L’Élementarium, 2022). Puisque le phosphore va lui aussi devenir une matière précieuse, l’idée pourrait être de privilégier le retour des nutriments depuis les zones habitées vers les terres agraires (Keller, 2018). Par ailleurs, si des tensions survenaient sur la production mondiale de phosphate et que l’Algérie, le Maroc, les États-Unis et la Chine décidaient de réduire leurs exportations, et les exploitations agricoles françaises pourraient se trouver privées de cette ressource dont elles ont besoin. Les pays membres de l’UE ont d’ailleurs incité la Commission européenne à inclure le phosphate naturel dans sa liste de 27 matières premières dites « critiques ».
Bibliographie
L’Élementarium. Produit engrais phosphates. L’Élementarium [consulté le 27 juillet 2022].
Disponible sur : https://lelementarium.fr/product/engrais-phosphates/
Keller Arthur. Boucler le cycle du phosphore, un impératif vital négligé. Revue Préventique,
publié en décembre 2018 [consulté le 27 juillet 2022]. Disponible sur :
https://fr.calameo.com/read/0050267377996b4c1fdaa
Rhodes Christopher J. Peak Phosphorus – Peak Food? The Need to Close the Phosphorus
Cycle. Publié en 2013 [consulté le 27 mars 2022]. Disponible sur :
https://www.researchgate.net/publication/254259264_Peak_Phosphorus_-
_Peak_Food_The_Need_to_Close_the_Phosphorus_Cycle
Sénat. Cinq plans pour reconstruire la souveraineté économique. Sénat, publié en 2022
[consulté le 27 mars 2023]. Disponible sur : https://www.senat.fr/rap/r21-755/r21-
7556.html





